Chantal Deckmyn est architecte-urbaniste et anthropologue. Elle s’intéresse à la ville et au travail (à ce qu’on appelle l’emploi). Elle considère qu’il est plus économe et rationnel, mais sans doute aussi plus écologique et éthique, de penser l’avenir d’un individu ou d’un lieu à partir de ce qu’il est plutôt qu’à partir de ce qui lui manque, de ce qui dysfonctionne ou encore en fonction de modèles importés. Qu’il est préférable de s’appuyer sur les propriétés et caractéristiques de l’existant plutôt que de chercher à le corriger pour le normaliser… voire d’en faire table rase.

Elle a acquis une confiance totale dans le fait que chacun est porteur d’expériences et de savoirs à la fois uniques et intéressants, utiles. Comme les personnes, chaque lieu est également doué d’une histoire, d’une profondeur, de points d’appui et de singularité. Et chaque lieu est porteur d’un projet qui demande d’abord à être lu dans ce qui est là.

Paradoxalement ce qui est là est difficile à observer et à saisir. Les pièges sont ceux de l’évidence (on finit par ne plus voir ce qu’on croit trop bien connaître) et du point aveugle (on est le plus mal placé pour repérer ses propres compétences). En la matière, le jugement constitue également un piège, non pas moral mais pratique : par exemple on ne peut repérer les compétences développées par quelqu’un lors de cambriolages si on se place dans le registre du jugement ; on ne peut pas s’attacher à découvrir les caractéristiques d’un lieu si on le trouve moche.

Devant cette difficulté à observer, Chantal Deckmyn s’est attachée à mettre au point des méthodes efficaces, reproductibles et respectueuses. Ces méthodes font appel à l’expérience des personnes et à la pratique des lieux, au récit, au témoignage (plutôt qu’à la démonstration, à la projection ou à l’opinion), et s’appuient singulièrement sur l’écriture. L’écriture est ici un outil particulièrement important : en tant que parole à l’état solide mais aussi parce qu’elle est le propre de l’approche littéraire et poétique. Une approche, trop peu utilisée dans les projets (de ville comme d’activités individuelles ou collectives) et qui offre des possibilités dont les approches statistiques et/ou techniques ne peuvent se saisir.

LALCA Invitation DECKMYN