Une fois connu le rôle de l'hygiène dans la prévention des maladies, grâce notamment à Ignace Philippe Semmelweis ou à Louis Pasteur, l'eau intègre petit à petit les réflexions hygiénistes du 19e, notamment dans les planifications urbaines. Ainsi se développent les équipements dédiés à la salubrité, les services d'accès à l'eau qui vont profondément transformer la forme de nos villes. Mais dès le milieu du 20e et l'intégration progressive des salles de bains dans les logements, les bains publics municipaux disparaissent et avec eux se précarise la population pour qui l'accès à l'eau n'est pas chose aisée.

Étant entendu que 143 000 personnes vivent à la rue en France et que 2,1 millions de personnes n'ont pas accès à l'eau courante ou à des WC intérieurs ou à une douche en 2017 (rapport de la Fondation Abbé Pierre) et que « la possession du meilleur état de santé qu'il est capable d'atteindre constitue l'un des droits fondamentaux de tout être humain » (OMS), il nous semble important aujourd’hui de réinterroger la place de l'eau et de l'hygiène dans la ville et la disparition progressive de ces lieux dédiés.

Alors on s'installe en face des bains-douches à Gerland pour rencontrer les 300 utilisateurs jours. Pour cartographier avec eux leurs trajets, leurs parcours, leurs vies et leurs visions du territoire. Pour cartographier l'eau, sa place dans la ville, sa centralité ici et pour repérer les tensions, les croisements, les complexités du lieu.

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