Breviglieri Marc, Penser l'habiter, estimer l'habitabilité, In Tracés, novembre 2006

« On n’habite pas dès qu’on pénètre à l’intérieur d’une maison : c’est l’usage familier des choses habituelles qui, progressivement, meuble et fonde un noyau d’habitation [...]. L’habiter n’est pas simplement ce qu’on habite, mais conjointement, ce qui nous habite. »

Pour le sociologue Marc Breviglieri, habiter passe par la familiarité dans un espace, obtenue par la main de celui qui habite. Il explique la portée politique de ce geste individuel inhérent aux espaces publics dans la construction de l’identité et du politique, et la manière dont il travaille sur l’habiter en cherchant le lien avec l’ordre ou la propreté d’un lieu. Son travail peut nourrir la réflexion sur la conception des espaces domestiques ou publics, en comprenant mieux leur appréhension par la société.

In : http://www.academia.edu/1821498/Penser_l_habiter_estimer_l_habitabilité (novembre 2006). (article p. 9-14)

Calvino Italo, Les villes invisibles, 2013, Gallimard, 208 p.

« Si Armille est ce qu'elle (...) Le fait est qu'elle n'a ni murs, ni plafonds, ni planchers : elle n'a rien qui la fasse ressembler à une ville, sinon les conduites d'eau qui montent verticalement là où devraient être les maisons et se ramifient là où devraient être les étages : une forêt de tubes qui se terminent en robinets, en douches, en siphons, en trop-pleins »

A travers un dialogue imaginaire entre Marco Polo et l’empereur Kublai Khan, Italo Calvino nous offre un "dernier poème d’amour aux villes" et une subtile réflexion sur le langage, l’utopie et notre monde moderne.

Gotman Anne, Le sens de l’hospitalité - Essai sur les fondements sociaux de l’accueil de l’autre, Paris, PUF, 2001.


Considérée comme une vertu, l’hospitalité est cultivée, louée, moins souvent étudiée. Les moralistes, chagrinés de son déclin, exhortent ses bienfaits ; les philosophes, plus distants, cherchent sa permanence. Plus proche de l’expérience concrète, ce livre envisage l’hospitalité comme une pratique sociale critique de la vie quotidienne, dans laquelle l’être humain, bon gré, mal gré, se réalise.
Véritable épreuve de l’autre, l’hospitalité est riche d’apports et de difficultés, d’ajustements et de compromis, de sacrifices et de conflits. En donnant la parole à ceux qui ont vécu des expériences, parfois extrêmes, d’accueil de réfugiés, de personnes atteintes du sida ou encore de membres de leur entourage, l’ouvrage dévoile les rapports de sexe, de territoire, de pouvoir et d’identité qui se jouent entre hôtes, ainsi que les contradictions entre logiques privée, marchande, associative, ou d’État. Par la confrontation d’approches historique, littéraire et empirique, il révèle les multiples facettes, politiques, psychologiques, sociologiques, d’un phénomène au coeur des problèmes sociétaux.

Laborey Claire, Main mise sur les villes, Chamaerops et Arte, 2015, 89 minutes

Où en est la démocratie urbaine ? De Paris à Istanbul en passant par Berlin ou Copenhague, ce film interroge la manière dont se construit la ville et la place qu’y occupent les citoyens. De Berlin à Copenhague en passant par Londres ou Toulouse, un voyage émaillé de rencontres avec des experts (la chercheuse Anna Minton, les architectes-urbanistes Jan Gehl et Frédéric Bonnet, le philosophe Thierry Paquot. . . ). Ils décryptent les rapports de force à l’oeuvre et s’interrogent sur la constitution de contre-pouvoirs.

Lemarchand Arnaud, Enclaves nomades, habitat et travail mobiles, 2011, ed. du croquant.

« Loin de considérer l'habitat non ordinaire et les formes de travail associés comme des choix rationnels et individuels, nous les tenons pour des solutions, dans des situations données »

Depuis la fin des années quatre-vingt en Europe : squats, foyers, tentes, caravanes, fourgons, etc. réapparaissent de plus en plus fréquemment. Or l’habitat précaire et mobile est une pratique de groupes professionnels : marchands et industriels forains, travailleurs des transports, salariés du bâtiment et de l’industrie, voire du secteur tertiaire… personnes sans-emploi. Ces formes de logements occupent des espaces reliés à des fonctions, elles ne sont pas « hors jeu ».

Ce monde du travail et de l’habitat mobile ou précaire permet de saisir certains aspects des changements économiques en cours. Il est en outre impliqué dans les migrations, le tourisme et les fuites hors du salariat. L’examen de divers fonds d’archives permet de retrouver le monde de l’habitat mobile ou de passage au cours du xixe et du xxe siècles. Il s’articule à des organisations de l’intermittence sur les ports, il est impliqué dans des processus d’innovations via les foires. Les nouvelles formes d’orga­nisation de la production industrielle expliquent son renouvellement. Il s’agit d’un monde transverse à différentes sphères de la circulation et de la production. On peut ainsi esquisser des liens entre les mutations du travail « post-fordistes » et les changements de la ville contemporaine.

L’habitat « non-ordinaire » n’est pas une scorie, mais au contraire une production actuelle qui recherche sa légitimité entre spatialisation de la question sociale et discours radicaux.

Paquot Thierry, Habitat, habitation, habiter. Ce que parler veut dire... In Cairn, mars 2005

« Loger n’est pas “habiter” ; l’ “habiter”, dimension existentielle de la présence de l’homme sur terre, ne se satisfait pas d’un nombre de mètres carrés de logement ou de la qualité architecturale d’un immeuble. C’est parce que l’homme “habite”, que son “habitat” devient “habitation” »

Dans la série de termes désignant le chez-soi, l’auteur en retient trois à partir du verbe habiter. C’est un mot riche car il déborde le fait d’être logé pour l’être qui en est le sujet. Le philosophe Henri Lefebvre introduira cette notion dans la sociologie urbaine française. L’habitat est un concept large qui comprend l’habitation mais pas seulement : le trajet, le voisinage, les connaissances et les intérêts marquent un territoire. Si l’habitat relève en grande partie des compétences de l’architecte et de l’urbaniste, “l’habiter” dépend de la capacité de chacun d’être présent au monde.

In : http ://www.cairn.info/revue-informations-sociales-2005-3-page-48.html (mars 2005). (article p. 48-54)

Schérer René, Hospitalités, ed. antropos, 2004

« La question ne s'énoncera plus ; comment rendre possible l'admission de l'étranger dans la société la meilleure, mais comment penser une société meilleure autour de l'étranger, de l'admission de l'étranger. Penser autour de l'autre, de la priorité de l'autre, et non du repliement, de la clôture de soi »

Cet essai rassemble en les organisant un certain nombre d'études, articles, communications, interviews consacrés à l'hospitalité, au cours de ces dernières années ; depuis, exactement, la parution de Zeus hospitalier, en 1993. L'hospitalité touche au droit, au droit national et international, public et privé, mais elle ne s'y limite pas Un dénominateur commun aux courts textes ci recueillis, à ces " miettes philosophiques ", est que l'hospitalité occupe un plus large domaine et déborde le droit de toutes parts. Je me situe du côté d'un élargissement du domaine et du concept d'hospitalité faisant éclater les frontières restrictives du juridique. En dépit de leur entrelacement, un conflit existe entre les deux domaines : les exigences de l'hospitalité dépasseront toujours ce qui peut être codifié juridiquement. Son étude, la description des figures variées qu'elle peut prendre, supposent un point de vue dynamique, tendanciel : on peut, on doit toujours faire prévaloir l'hospitalité sur, voire contre le Droit dont elle manifeste souvent les failles et souligne les défauts. Ce que font les nombreux mouvements revendicatifs que suscitent incessamment les contraintes contemporaines : ceux des sans-logis, des sans-papiers, des immigrés, et autres individus ou groupes mal à l'aise dans l'ordre social actuel, brimés par lui et qui apportent, toutefois, à notre société, une contribution irremplaçable. Contre les restrictions imposées par le droit positif, il faut affirmer une hospitalité inconditionnelle, une hospitalité qui s'adresse, à la fois, à la raison et au cœur ; difficile, peut-être impossible à accorder avec le réel, mais n'en étant pas moins exigible. Une hospitalité hyperbolique ou absolue.

Schérer René, Utopies Nomades, ed. Séguier, 1996, 230 p.

« Le paradoxe de l'utopie (...) est qu'elle seule touche au réél dans un monde d'artifice (...) Monde amputé de sa meilleur part, de la plus assurée, que sont les désirs, les passions, trame et constistence du quotidien »

« Délaissant l'espace des iles bienheureuse, l'utopie s'introduit dans la dimension d'un devenir. Non seulement celle d'un futur, projetée dans l'à-venir, mais dans le mouvement même de l'histoire se faisant, pour opposer sa résistance à son apparente inéluctabilité »

Il s’agit d’un recueil d’essais s’échelonnant de 1989 et 1996. Très loin des utopies de Campanella ou de Platon, que l’auteur définit comme des « épures contraignantes », ce livre donne à lire une toute autre conception de l’utopie, très proche de Fourier.

Vincendon Sibylle, Chantal Deckmyn : L’espace public devient inhabitable, In : liberation (17 janvier 2016).

Pour l’architecte et urbaniste, la ville est, elle aussi, porteuse d’inégalités et d’ostracisme, à l’image de la société. Améliorer l’espace urbain serait une preuve de notre dégré de civilisation, pour les SDF, mais aussi pour tous ceux qui sont vulnérables : les personnes âgées, les enfants, les handicapés.

article numérique URL : http ://www.liberation.fr/auteur/1963-sibylle-vincendon

Weizman Eyal, À travers les murs - L’architecture de la nouvelle guerre urbaine. Paris, La fabrique, 2008.

Ce livre analyse les stratégies et tactiques de la nouvelle guerre urbaine, notamment contre les Palestiniens. L’auteur nous entraîne dans un univers postmoderne où la réflexion sur l’organisation de l’espace fait un détour par Gilles Deleuze, Félix Guattari et Guy Debord. Il montre comment des réflexions sur la déconstruction de l’espace urbain sont à la base des stratégies de combat de l’armée israélienne dans les zones urbaines palestiniennes.