A la croisée du politique et de l'intime. Douches et bains publics au prisme des Migrations

Séminaire au Centre du Patrimoine Arménien (CPA) de Valence

Le 24 et 25 novembre

Partenaires : Institut Convergences Migrations, LAP (EHESS-CNRS, UMR 8177), CRH (UMR LAVUE), INED, CPA-Ethnopôle « mémoires, frontières et migrations », Traces.
P
rogramme définitif à suivre.


Ces journées d’étude visent à questionner le lien entre hygiène et migration à travers des perspectives à la fois historiques, politiques et culturelles. A l’échelle des villes, les établissements dévolus à la propreté du corps révèlent non seulement le contrôle de l’hygiène par les pouvoirs publics et la politique d’accueil des populations nouvellement arrivées, mais aussi la dimension culturelle et sensible des « techniques du corps ». Ces journées d’étude permettront de revenir sur des enquêtes historiques et ethnographiques à l’intérieur et à l’extérieur des bains-douches de Lyon, Saint-Etienne, Grenoble et Valence et de questionner plus largement les héritages et les évolutions des actes de propreté et de soin dans un temps long et des espaces géographiques différenciés. En convoquant des recherches en sciences sociales portant sur différents lieux, objets et pratiques d’hygiène et de soins du corps, nous mènerons une réflexion à partir de trois axes.

Histoire de se laver ou de se loger ?

Entre hygiénisme et hospitalité Ce premier axe permettra d’aborder dans la longue durée, les évolutions des lieux publics pour se laver, au regard des politiques sociales et migratoires, nationales et municipales. En France, le courant hygiéniste a amené une vaste entreprise de construction des bains-douches ou bains publics destinés à protéger les villes comme les corps de la souillure et des épidémies. Les nouvelles normes sociales de propreté se sont par la suite concrétisées dans la mise en place de salles de bain privatives, laissant l’usage des établissements de bains et douches publics aux personnes vivant une précarité résidentielle : travailleurs immigrés », « sans abri », déboutés du droit d’asile.... Que nous disent ces établissements, non seulement des politiques d’accueil, mais aussi des représentations de l’étranger ? Quel constat tirer des exemples d’autres régions du monde ?

Temps et espaces précaires : autour des bains et douches publics.

Dans le premier tiers du XXème siècle, la multiplication des bains et douches publics envisagés comme un service public sur l’ensemble du territoire français, a été synonyme de progrès social. La généralisation des salles de bain privatives, la pression immobilière et la patrimonialisation du bâti ont souvent amené la fermeture ou la reconversion des établissements en lieux culturels ou autres équipements de service public. En quoi la possibilité d’accéder à l’eau et à l’hygiène est-elle encore aujourd’hui un enjeu pour les municipalités ? Quel est l’impact des migrations sur ces politiques ? Dans quelle mesure les pouvoirs publics se désengagent-ils de ces missions pour les confier à des associations liées à la grande précarité et l’accueil des personnes migrantes ? D’un territoire urbain (ville ou quartier), à l’espace intime de la cabine de douche, ce sont ici différentes échelles qui sont susceptibles d’être prises en compte dans l’analyse des actions et de l’investissement actuel des acteurs publics et associatifs.

Soin de soi et espace public : espace, corps et sensorialité

Rarement explicites, les pratiques corporelles en matière d’hygiène et de soin de soi questionnent, heurtent ou confortent les normes culturelles, notamment quand elles s’opèrent dans des situations de promiscuité ou quand elles sont soumises au contrôle d’une institution. Les espaces partagés de bains ou d’ablutions seront envisagés dans cet axe, à la fois comme des lieux de contraintes sociales et matérielles, et comme des lieux d’élaboration d’univers sensoriels et symboliques. Au-delà des seuls bains et douches publics, les hammams ou les thermes questionnent la rencontre entre d’une part des normes sociales et culturelles, d’autre part des pratiques et objets de l’intime. En quoi le regard porté sur d’autres espaces géographiques, la prise en compte de la circulation des personnes, mais aussi des objets et des pratiques du soin permettent-elles de renouveler nos propres perceptions du « propre et du sale » ou de l’intimité ?

 

Actu novembre 2022 2